


«Les cent ciels plantés» est le nom générique d’une série de rectangles d’or (1 x1,618), peints en bleu outremer mat, installés dans la nature comme en milieu urbain.
La taille comme le nombre de ces plaques varie en fonction du lieu et de l’effet recherché.
Le pigment bleu outremer, profond, ne reflète pas la lumière: celle-ci semble plutôt sortir des plaques, irradier l’espace.
“Nous ne sommes pas devant une surface mais plutôt une fenêtre découpée dans le ciel ou encore descendue du ciel. C’est comme une dilatation, un point de pénétration, d’accès, une brèche privilégiée pour rejoindre l’improbable, de l’autre côté.”
Diana Zamfir.
L’AIR ET LES SONGES
Parfois cependant une rêverie plus actuelle retourne à ses dessins. Le ciel bleu est alors un fond qui légitime la théorie d’un homo faber cosmique, d’un démiurge qui coupe le paysage avec brutalité. Dans ce découpage primitif, la terre se sépare du ciel. La verte colline se dessine sur le ciel azuré en une sorte de profil absolu, d’un profil qu’on ne caresse pas, qui n’obéit plus à la loi du désir.
À l’échelle cosmique,le bleu du ciel est un fond qui donne une forme à toute la colline. Par son uniformité, il se détache d’abord de toutes ses rêveries qui vivent dans une imagination terrestre. Le bleu du ciel est d’abord l’espace où il n’y a plus rien à imaginer. Mais quand l’imagination aérienne s’anime, alors le fond devient actif.
Il suscite chez le rêveur aérien une réorganisation du profil terrestre, un intérêt pour la zone où la terre communique avec le ciel. Le miroir d’une eau s’offre pour convertir le bleu du ciel en un bleu plus substantiel. Un mouvement bleu peut jaillir. Voici, par exemple, le martin-pêcheur. C’est l’oiseau classé le plus vite… Il est l’éclair bleu que la lumière et l’eau échangent entre elles.
La terre plus inerte finit par se mouvoir, par s’aérer. Pour le rêveur aérien, elle devient à son tour un fond, et des forces tendues ver ce fond s’animent dans l’immense uniformité bleue. Ainsi, sous la forme la plus rêveuse et la plus mobile,l’imagination trouve des éléments d’une Gestaltthéorie qui travaille sur un univers déployé.
Gaston Bachelard (1943) (Librairie José Corti)