


Premières recherches sur la transparence, la distance, le vide.
Le triangle sera durant plusieurs années un outil d’exploration et d’expérimentation de la matière.
Depuis quatre ans que je côtoie Malbos, son parcours reste toujours attaché aux mêmes interrogations plastiques qu’il a un jour appelé « Transparence/frustration ». Ce rapport « Transparence/frustration » était, à l’origine, lié à son souci d’exorciser son enfance où il était entouré d’une cinquantaine d’éléments féminins mais avait « l’interdiction parentale d’y toucher ».
On peut voir mais pas toucher et inversement.
Voilà quelques mois que son travail, sur le plan formel, semble s’affirmer et s’affiner par l’emploi presque systématique du triangle isocèle enfermant, découpant ou relationant toutes sortes de matériaux dans lesquels il intervient le moins possible, si ce n’est pour laisser « passer » le dit triangle.
Je lui ai donc téléphoné pour essayer de mettre les choses au point.
-On peut remarquer une constante formelle, depuis quelque temps, dans votre travail : le triangle. Nous savons tous l’importance de celui-ci chez les égyptiens, les grecs, la trinité biblique,le Tao Chinois (l’Un engendre le deux / le deux engendre le trois / le trois produit les dix miles êtres). Le message symbolique est très fort et j’aimerais que vous éclairiez un peu notre lanterne.
-C’est une vessie ! Votre question commençait bien, cependant. Le triangle est pour moi une formalité : foin de symbole et de mysticisme. Le triangle n’est qu’un moyen de production. C’est l’image même du concept qui viendra se coller, se confronter à la nature des choses, que ce soit le béton, les galet ou l’herbe folle. Le triangle serait la question, le pourquoi qui nous permet d’explorer la tranche, les vues d’esprit, le principe constructeur face à l’organique, au non contrôlable, au hasard des siècles de travail. La confrontation n’est pas seulement intellectuelle, elle est aussi et surtout plastique.
-Ainsi le triangle n’est pas essentiel. C’est comme le pinceau, l’encre, le papier ou encore le ciment : une base de cadrage…
-Je vous l’ai déjà dit : ce qui m’intéresse, c’est plutôt la confrontation plastique,la tranche, la sédimentation,ce qu’il y a entre les choses. Il ne faut pas croire que…
La communication s’interrompt ici, ayant appelé d’une cabine publique et n’ayant plus de monnaie à mettre dans l’appareil.
Trois jours plus tard, je reçois un courrier me demandant de mettre en exergue deux extraits des œuvres de Chuan-Tzu (III° siècle av. J.C.).
Les voici donc.
-Discours sur l’épée-
« Mon art consiste en ceci : je fait voir mon vide. J’ouvre le combat en attirant mon adversaire par un avantage apparent ; j’attaque le dernier, mais je touche le premier. »
-Principe d’hygiène –
« Les jointures des os du bœuf comportent des interstices et le tranchant du couteau (du boucher) n’a pas d’épaisseur. Celui qui sait enfoncer le tranchant très mince dans les interstices manie son couteau avec aisance, par ce qu’il opère à travers les vides. »